Marika Mathieu

Auteur Réalisatrice Journaliste

Bonnes Feuilles (1)

Droite forte : mais d’où sortent ces nouvelles stars de l’UMP et comment ont-elles réussi ? Quelques feuilles de « La Droite forte : Année Zéro » publiées sur Atlantico le 4 mai 2013

L’auteur Marika Mathieu enquête sur la Droite forte, ses adversaires sous-marins – Droite populaire, Droite sociale, Droite humaniste – et sur le destin de la droite tout entière. Extrait de “La Droite forte année zéro : enquête sur les courants d’une droite sans chef”, extrait (1/2).

 

Capture d’écran 2

 

Droite forte, qui es- tu, toi qui traverses les murs pour te rendre directement en haut du siège de l’UMP ? Comment de jeunes conseillers/entrepreneurs, sondeurs et sondés sans mandats électifs, peuvent- ils prétendre diriger un parti démocratique d’opposition ? “Ce sont des garçons qui ont du talent, reconnaît le député Alain Marleix, je ne dis pas le contraire. Ils passent pas mal médiatiquement, surtout Peltier. Ils ont une bonne tête. Je pense qu’ils ont profité du système. Ce n’est pas de leur faute s’il y a un système de courants. Statutairement, ça a été voté par les instances de l’UMP. On ne peut pas leur reprocher de s’intégrer, de vouloir exister en se mettant dans le système. Ce n’est pas eux qui l’ont créé.” La Droite forte s’impose, et ce n’est pas sa faute. C’est donc un produit du système. Mais les courants, inscrits dans les statuts de 2003, ne reviennent à l’UMP qu’en 2010. Autrement dit, la Droite forte a profité de l’UMP telle qu’elle se dessine sous Nicolas Sarkozy. Elle a profité de ce que Nicolas Sarkozy a introduit lui- même, par sa présidence, dans l’équilibre des droites.

Il y a peut-être une “Génération Sarkozy” dans la mesure où l’ancien président a bien généré un certain état de la droite. Sarkozy s’impose comme année zéro de la droite sans père et son champ idéologique n’a plus de limites “ni de colonne vertébrale”, dirait Emmanuelle Mignon. De la gauche à l’extrême droite, il a érigé la “droite décomplexée” en ligne politique. Lors de son premier discours de Toulouse, le 11 avril 2007, il le disait si bien : “Si je suis élu président […], tout ce que la droite républicaine et le centre ont abandonné à la gauche et à l’extrême droite, je m’en saisirai. Tout ce que la gauche a laissé tomber, tout ce qu’elle a renié des valeurs universelles, des valeurs de la France, je les reprendrai à mon compte.” Bien heureux ceux qui savent en faire de même ? Cette conquête “sans limites” semble très exactement l’idée qui préside au sein de la Droite forte. C’est une génération sans repères idéologiques, et en cela sans garde- fous : Giscard et Chirac sont balayés, de Gaulle n’est même plus cité, Juppé parle dans le vide. Les hommes d’État sont loin.

Cette droite décomplexée est un champ libre et ouvert pour qui sait la manier. C’est depuis longtemps la droite de Guillaume Peltier qui se rend, à 18 ans, dans ses premières réunions au FN. C’est la droite de Geoffroy Didier que la création “de toutes pièces” d’un ministère de l’Identité nationale a exalté au plus haut point. C’est la droite de Camille Bedin qui s’empare des banlieues au nom de la laïcité positive et du contrôle social de l’islam. C’est la droite, enfin, de Patrick Buisson, qui, loin d’avoir été brûlé sur l’autel de la défaite, est aujourd’hui toujours conseiller de la Droite forte comme de Jean- François Copé, entre autres. C’est une génération “sans limites” autorisée à naviguer sur tous les fronts sans se préoccuper de morale ou de “cordons” arbitraires. Pragmatique, elle se soucie de conquérir le pouvoir dans la forme que lui donne l’air du temps. Le vent souffle sur les valeurs ? Elle s’en drape comme d’un uniforme sans se demander en quoi il est déjà celui du Front national. La droite décomplexée n’a qu’un seul tabou : celui d’avoir incorporé en son sein une partie du logiciel politique et sémantique du FN. Elle s’en défend comme Nicolas Sarkozy le faisait auparavant : “Si Jean- Marie Le Pen dit que le soleil est jaune, devrais- je dire qu’il est bleu ?” Ce n’est que du bon sens. D’autant que le FN, après tout, n’attaque en rien la République, ne combat pas dans les rues et ne conteste même plus vraiment le système. Il n’en rejette plus au fond que les dirigeants. La Droite forte espère pratiquer la politique autrement, “renouer les liens perdus”, comme le stipule le texte de sa motion.

Guillaume Peltier, Geoffroy Didier, Camille Bedin, tous ont grandi dans le sillage d’une radicalité frontiste exaltée au nom de l’identité et de la fierté. Cette radicalité est normalisée et absorbée par ceux qui n’ont pas connu autre chose. C’est le “retour aux fondamentaux” prêché au nom de la modernité. Être de droite. Être français. Être sarkozyste. C’est aussi le prix de la victoire contre “la machine à perdre”.

Sans doute cette “génération” souhaite- t-elle le retour en tant que tel de Nicolas Sarkozy. Celui- ci ne peut d’ailleurs qu’être satisfait de cette avant- garde postée au premier rang de l’UMP. Il semblerait que Carla Bruni ait déjeuné dans le courant de l’hiver avec les deux princes des marées. Mais la Droite forte revendique avant tout le sarkozysme en tant que mouvement, elle maintient la « rupture » comme élément déterminant de la politique de demain, le changement vers “un nouveau monde” sans passé. Nicolas Sarkozy reste la figure nécessaire à la perpétuation de cet état d’esprit. C’est un point de départ. Mais l’objectif est d’accomplir, à l’aide d’une nouvelle majorité “recentrée”, ce qu’il n’a pu qu’entreprendre avec une majorité au centre.

Ni avec lui, ni sans lui… tout devient possible. “Voilà pourquoi ils sont sarkozystes. Parce qu’ils ne sont plus gaullistes, plus UDF, ils sont autre chose”, estime Jérôme Fourquet de l’Ifop. “Une autre planète », renchérit Alain Carignon. Et la planète sans chef tourne- t-elle plus vite que les autres ? La motion de Guillaume Peltier et Geoffroy Didier n’est peut- être qu’un symptôme de l’état de la droite « généré » par le sarkozysme ambiant. “Pour moi, la Droite forte est une vraie grille de lecture de la recomposition structurelle de l’UMP. Pour moi, ça s’inscrit sur dix ans”, dit Camille Bedin, prête à vieillir. “Nous ne sommes qu’un véhicule”, souffle Didier, sans nier que, comme tout véhicule, ils ne sont pas à l’abri d’une embardée. Leur ancrage territorial peine à venir. Didier cherche une ville où atterrir pour les municipales de 2014. Peltier a finalement décidé de ne pas concourir à Tours. Battu lors des législatives de 2002, des européennes de 2004, des législatives de 2007, de la municipale de Tours en 2008 et enfin des législatives de 2012, le parcours électoral du hussard devient presque inquiétant au regard de l’influence politique qu’il revendique. Est- ce la limite de l’expertise en opinion ? Reste qu’ils sont “autre chose”, l’entre- deux du monde d’avant et de celui qui vient, et que cette chose voudrait bien dessiner la droite de demain. Une pointe éclairée de ce que devient l’UMP ?

Extrait de “La Droite forte année zéro : Enquête sur les courants d’une droite sans chef” (Editions de la Martinière), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.
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This entry was posted on July 19, 2013 by in "La Droite forte : Année Zéro" and tagged , , , , , , , , .
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