Marika Mathieu

Auteur Réalisatrice Journaliste

Mort de Clément Méric : La France s’est-elle droitisée?

20 Minutes

Publié le 6 juin 2013.

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SOCIÉTÉ – Plusieurs hommes politiques pointent la responsabilité du FN, voire de l’UMP, d’une droitisation de la société, ce que plusieurs chercheurs nuancent…

L’agression violente qui a conduit à la mort d’un jeune militant d’extrême gauche mercredi soir est elle à mettre sur le compte d’une radicalisation et d’une violence du discours politique? C’est la thèse d’une partie de la classe politique, de Jean-Vincent Placé, qui dénonce une «droitisation extrême de la vie politique» à Harlem Désir, qui évoque un «climat extrémisé, violent, couvert de façon irresponsable par un certain nombre de discours politiques». Jean-Luc Mélenchon lui a dénoncé «la banalisation» du FN qui  «a ouvert un espace de légitimité et d’encouragement à l’extrême droite dans toutes ses composantes», écrit-il.

«Droitisation du spectre politique plus que de la société»

Dans leur ligne de mire, les débordements des derniers mois lors du débat sur le «mariage pour tous» et les nombreuses manifestations émaillées de violences verbales ou physiques. «Ces groupuscules ont gagné en visibilité, ils s’affichent, ils paradent en marge des manifestations anti “mariage pour tous”», relève Laurence Rossignol, porte-parole du PS. Pour elle, il y a eu à ce moment «une convergence entre l’extrême droite et l’UMP qui entraine une banalisation de l’extrême droite» qui «favorise les passages à l’acte». Evidemment, le FN refuse «tout amalgame» et l’UMP dénonce «la tentative de «récupération politique» de la gauche.

Nicolas Lebourg*, historien spécialiste de l’extrême droite, explique à 20 Minutes qu’«il est évident que le processus de normalisation du FN a donné un appel d’air à ces mouvements de droite radicale qui ne se reconnaissent plus dans le Front. Il a fallu que ces gens trouvent d’autres terrains d’expression». Le chercheur pointe un autre élément qui peut expliquer la résurgence de ces mouvements: «la victoire de la gauche qui ,selon eux, est identifiée par se préférence au multiculturalisme, aux immigrés, à la libéralisation culturelle, donne un terrain d’expression à ces groupes». Vincent tiberj, sociologue et chercheur à Sciences-Po et au Centre d’études européennes, assure aussi que lors de ces manifestations, «la parole s’est libérée» et que cela a pu «radicaliser une minorité d’individus».

Une société plus tolérante sur le long terme, mais en plein «durcissement»

Pour autant, difficile de conclure que la France s’est radicalisée et droitisée, selon les experts interrogés par 20 Minutes. Marika Mathieu, auteure d’une enquête sur la droite forte, juge qu’il y a une «droitisation du spectre politique plus que de la société», avec «une exacerbation des thématiques d’affrontement». «On vit dans une société qui n’a jamais été aussi ouverte et tolérante qu’aujourd’hui. L’homosexualité et l’immigration sont beaucoup plus acceptées aujourd’hui qu’il y a vingt ans» , abonde Vincent Tiberj. «Mais il y a des moments de crispations, de retour en arrière», comme la période actuelle. Il le justifie notamment par «la politisation des questions d’immigration, de multiculturalisme, d’homosexualité, qui sont redevenus des enjeux politiques» qui sont «le fait de la droite ces dernières années».  Et désormais, cette droite, l’UMP, mène «le combat sur les questions culturelles», un peu comme la droite américaine dans les années 80 et «aujourd’hui, il n’y a jamais eu autant de clivage entre la droite et la gauche» sur ces questions.

Même constat de la part du politologue Laurent Bouvet: «Sur le long terme, on ne note pas de droitisation de la société, au contraire mais depuis trois ou quatre ans, il y a une inflexion sur les thèmes sécuritaires marqués à droite». Une forte demande d’autorité et de sécurité, une plus grande dureté face à l’immigration et une hostilité affichée à propos de l’islam et des musulmans. Plusieurs éléments expliquent «ce durcissement»: «la crise économique et sociale» qui fragilisent les individus mais aussi «un usage des thèmes [immigration, insécurité, etc.] polémiques et politiques par certains politiques». Il cite notamment le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy en 2010. Il note aussi une «responsabilité de la gauche avec l’absence de vraie réponse à la crise», avec une politique pas si différence que celle de la droite. Car si le centre de gravité de l’UMP a pu se droitiser sur les thèmes sociétaux, la gauche, elle, «s’est droitisée sur les questions économiques et sociales», relève Laurent Bouvet, avec l’acceptation «d’une régulation douce du capitalisme». Et que pour «masquer» cette «droitisation», la gauche s’est «focalisée sur les questions de société». Et donc une radicalisation. «La radicalisation est des deux côtés», insiste-t-il.

*: co-auteur avec Joseph Beauregard de Dans l’ombre des Le Pen: une histoire des numéros 2 du FN aux éditions du Nouveau Monde.

*: Auteure de La Droite forte : Année Zéro aux éditions de La Martinière

Maud Pierron

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This entry was posted on July 18, 2013 by in "La Droite forte : Année Zéro", Débats and tagged , , , , , , , , .
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