Marika Mathieu

Auteur Réalisatrice Journaliste

La philanthropie dopée par la crise?

Youhil.com, publié le 13 octobre 2011

Dans le sillage des grands philanthropes américains, la philanthropie française se découvre des velléités d’engagement plus fortes qu’avant la crise. Mieux structurée et accompagnée, elle vise l’efficacité, sans pour autant prétendre “changer le monde”.

Marika Mathieu

Photo: Hamed Saber/FlickR.

Photo: Hamed Saber/FlickR.

Selon les études menées par le Centre d’Etude et de Recherche sur la Philanthropie (CerPhi) en partenariat avec France générosités: “Depuis trois ans, malgré la crise économique, on n’observe pas de baisse des dons des Français, mais au contraire une croissance continue“.

La philanthropie en hausse

Du côté des “grands philanthropes”, même son de cloche. La crise n’érode pas les fonds. Selon Etienne Eichenberger, directeur de la société de conseils en philanthropie Wise: “Historiquement, l’impact des crises s’avère minime sur les donations“. Preuve en est, les conseillers en philanthropie comme lui, professionnels encore absents du paysage il y a cinq ans, n’ont jamais eu des agendas aussi remplis.

Wise ou encore L’Initiative Philanthropique – première société de conseil philanthropique indépendante créée en France – ont vu leur nombre de clients plus que doubler depuis 2008. À la Fondation de l’Orangerie, créée en 2007 par le volet banque privée de BNP Paribas afin de fournir une offre “clé en mains” aux philanthropes, on s’étonne encore du succès rencontré. Les deux tiers des donateurs, chacun auteur d’un chèque minimum de 10.000 euros, n’auraient jamais donné avant cette date.

Pour Etienne Eichenberger: “Pas de doute, la philanthropie sort de l’ombre“, on peut même en parler sans tabou dans “les salons“. Nathalie Sauvanet, responsable de l’offre philanthropie chez BNP Paribas, voit son emploi du temps saturé par les demandes des clients en accompagnement sur mesure: “Nous avons plus de rendez-vous au premier semestre 2011 que nous n’en avons eu au cours de toute l’année 2010“. Et selon Jérôme Kohler, directeur de L’Initiative Philanthropique: “Depuis 2008, les demandes s’accélèrent, on observe plus de grandes ou moyennes fortunes s’interroger sur ce qu’elles peuvent faire face à des besoins sociaux aussi énormes“.

L’exemplarité américaine

L’exemplarité venue des Etats-Unis a fini par atteindre les fortunes européennes. Pour Xavier Richard, directeur de l’Ingénierie Patrimoniale chez HSBC: “Il s’agit d’un mouvement de fond venu des Etats-Unis, porté par des hommes d’influence comme Bill Gates ou Al Gore“. Pour Jérôme Kohler: “Ce discours construit autour de la responsabilité de l’argent contribue à faire évoluer les consciences.”

Une recherche d’efficacité

Le philanthrope par temps de crise prend donc de l’assurance. “Il est à la recherche d’utilité, d’efficacité et de volonté” confirme Jérôme Kohler. “Il ne se contente plus de faire un chèque, il veut s’assurer de sa bonne utilisation sur le terrain.” Etienne Eichenberg confirme: “Une des grandes tendances est la volonté de s’engager plus en profondeur.

Certains cherchent à mettre à profit leur esprit d’entreprise et l’entrepreneuriat social attire par exemple de plus en plus, notamment avec le développement des systèmes de capital-risque solidaire. Nathalie Sauvanet voit de son côté se multiplier les initiatives en faveur de l’insertion par l’emploi, ou du logement social: “On sent une envie de faire des choses concrètes, même si nos clients ne demandent pas tous une évaluation de l’impact social des projets soutenus.

Le développement philanthropique passe également par la mise en réseau, récente, de ses acteurs réels ou potentiels. Pour Xavier Richard, “nos clients veulent comprendre comment fonctionne le monde de la philanthropie, c’est pourquoi nous avons organisé des rencontres afin de permettre à de nouveaux philanthropes d’entrer en contact avec de plus anciens.”

De meilleurs outils et conseils à disposition

La philanthropie bénéficie au passage d’une simplification récente et progressive de ses outils d’organisation. “En deux ans et demi, on a vu naître 700 fonds de dotation, contre une trentaine de fondations reconnues d’utilité publique“, confirme Jérôme Kohler.

Mais si les philanthropes sont plus nombreux et plus motivés, leur action dépend en grande partie des conseils spécifiques dont ils bénéficient. Selon Jérôme Kohler, ce sont à peine 30% des structures de conseil qui seraient aujourd’hui capables d’intervenir sur l’ensemble d’une démarche philanthropique, de la prise en compte de la volonté du philanthrope, à l’élaboration du projet en passant par sa gouvernance et son organisation juridique, fiscale et financière. Une raison, selon lui, de militer pour une “architecture ouverte” quand le besoin s’en fait sentir, “car la légitimité du conseil en philanthropie se mesure à sa capacité d’intégration d’une multitude de paramètres, dans une optique d’efficacité réelle.”

Les limites du progrès

Jérôme Kohler assume les limites du système: “Le monde de la philanthropie se professionnalise, mais nous en sommes aux prémices d’une philosophie qui ferait de la philanthropie un outil pensé en termes d’innovation ou d’intervention sociale.

Selon Xavier Richard, nous entrons tout juste dans la “post-adolescence de la philanthropie.”

Avec comme un air de retard face aux enjeux de la crise? “Mais la philanthropie ne va pas changer le monde!” s’exclame Etienne Eichenberger, qui refuse d’y voir “un nouveau sésame“. Et Nathalie Sauvanet de conclure: “La philanthropie peut avoir un rôle utile, mais il ne faudrait pas oublier que nous avons un Etat.

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This entry was posted on July 18, 2013 by in Culture - Société and tagged , , .
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