Marika Mathieu

Auteur Réalisatrice Journaliste

La Droite forte, le courant qui pousse l’UMP vers la radicalisation

Les Inrocks

par David Doucet le 29 mai 2013

 

Le succès du courant mené par Geoffroy Didier et Guillaume Peltier confirme le basculement de l’UMP vers la droite dure. Une mutation dont la parenté idéologique avec le FN est assumée.

 

Guillaume Peltier à un meeting politique le 16 novembre 2012 (REUTERS/Benoit Tessier )

Guillaume Peltier à un meeting politique le 16 novembre 2012 (REUTERS/Benoit Tessier )

« Entre le Front national et nous, il y aura toujours une croix de Lorraine », lançait Alain Juppé lorsqu’il était à la tête du RPR. Cette maxime a vécu. Aujourd’hui, Guillaume Peltier, ancien militant du FN, est vice-président de l’UMP. La Droite forte, la tendance qu’il a fondée et qui revendique une filiation directe avec Nicolas Sarkozy, est même devenue majoritaire au sein de l’ancien mouvement gaulliste.

Dans son livre La Droite forte année zéro, la journaliste Marika Mathieu raconte l’irrésistible ascension de ces ultras bien décidés à nous jouer le remake de la campagne hyperdroitière de Nicolas Sarkozy en 2012. Inconnue il y a encore un an, la Droite forte, clin d’oeil évident à « La France forte » – le slogan de Nicolas Sarkozy à la présidentielle – a explosé les courants historiques de l’UMP (gaullistes, libéraux, centristes) lors du dernier congrès du mouvement en novembre 2012. Menée par Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, deux jeunes sarkozystes qui soutenaient Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP, cette tendance a recueilli près de 28 % des voix.

La base militante de l’UMP s’est radicalisée

« C’est un séisme militant et la preuve d’un attachement au sarkozysme », claironnait Geoffroy Didier aux côtés de Guillaume Peltier, le soir du scrutin. En préemptant l’héritage sarkozyste et en se prévalant du soutien de Jean Sarkozy et de Brice Hortefeux, ces deux trentenaires qui ne sont pas d’anciens ministres ou parlementaires ont réussi à battre à plate couture tous les barons du mouvement. Ils déterminent aujourd’hui la ligne politique du mouvement. Guillaume Peltier est vice-président de l’UMP, Geoffroy Didier est secrétaire général adjoint du mouvement.

Dans l’ombre, un homme jubile : Patrick Buisson. Conseiller officieux de Nicolas Sarkozy pendant sa présidence et ami de Jean-Marie Le Pen, cette éminence grise est très proche du duo Peltier/Didier. Interviewé le 11 décembre 2012 sur Europe 1, Patrick Buisson se félicitait de cette droitisation : « Le centre de gravité de l’UMP de 2012 n’est plus celui de 2002 de Juppé. Le curseur s’est déplacé vers le « p » de populaire. Finalement, le vote des motions a concrétisé la rupture de Sarkozy de 2007. »

Et si l’on fait le compte, on ne peut que donner raison à Patrick Buisson. La base militante du mouvement s’est radicalisée. Surtout si l’on observe les résultats du congrès de l’UMP. « Plus de 60 % des militants ont voté en faveur d’une vision décomplexée de la reconquête au niveau des motions – si l’on ajoute les votes rassemblés par les Droite forte, Droite sociale de Laurent Wauquiez et Droite populaire de Thierry Mariani », analyse Marika Mathieu.

« Le duo qui bouscule l’UMP »

Pour récupérer les électeurs du FN, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier entendent donc droitiser un peu plus la ligne de l’UMP. Parrain des deux hommes, l’ancien ministre Alain Carignon prévient : « Avec eux, il n’y a pas de limites. Mais ce sont les idées qui passent en premier. » Nous voilà rassurés. Surtout lorsqu’on lit le texte fondateur de la motion où l’on peut relever ces quelques propositions : suppression de la CMU, constitution d’une charte républicaine pour les musulmans et enfin embauche de journalistes de droite dans l’audiovisuel public. Guillaume Peltier et Geoffroy Didier n’ont pas osé réclamer une « charte des journalistes musulmans » mais le braquet est clairement fixé à la droite de la droite. Le ton est joyeusement national-populiste et entre en écho direct avec celui du Front national.

Totalement décomplexés, Peltier et Didier aiment jouer les affranchis. Comme dans un mauvais film de Jacques Deray, les deux hommes ont d’ailleurs récemment posé, coiffés de borsalinos noirs dans un escalier mal éclairé de la butte Montmartre. « Briser les codes et les tabous du microcosme, du politiquement correct, de ce qui arrange tout le monde, parce qu’il y a plein de choses à faire et plein de choses qui ne fonctionnent pas, et qu’on n’ose pas le dire ni apporter des solutions. C’est ce qu’a si bien incarné Nicolas Sarkozy en 2007 et en 2012″, explique ainsi Guillaume Peltier en guise de profession de foi. « C’est pas qu’on n’a pas peur de reprendre des thématiques du FN, c’est qu’on en a le devoir. Moi, je suis un opposant au FN et j’assume complètement », complète Geoffroy Didier.

 » Leur ascension est fondée sur la maîtrise de l’opinion et des sondages, explique Marika Mathieu. Ils maîtrisent les outils de communication modernes et la carte électorale dans ses moindres recoins, notamment par le savoir-faire de Peltier. » La Droite forte fait la même analyse que Nicolas Sarkozy et Patrick Buisson. Ils sont convaincus que la société française penche à droite sur le plan idéologique puisque sur les sujets où le débat avec la gauche est le plus clivant (immigration, sécurité, impôts), leurs positions semblent majoritairement partagées par l’opinion.

L’UMP a du Front dans l’aile

Si la digue séparant l’UMP du Front national tient encore électoralement, elle semble déjà avoir cédé sur le plan idéologique. Interrogé il y un an lors d’un déjeuner avec des journalistes sur ce qui empêchait une alliance avec Marine Le Pen, Brice Hortefeux, le mentor politique de Geoffroy Didier, avait répondu : « L’euro. Elle veut en sortir. » Sans un mot sur l’immigration. Cette anecdote rapportée par le magazine du Monde n’a pas vieilli. Plus que jamais, la droite a du Front dans l’aile.

Guillaume Peltier et Geoffroy Didier en sont les premiers artisans. Dans ce domaine, Peltier n’a d’ailleurs pas trop à se forcer. Interrogé en octobre 1998 dans le journal d’extrême droite National Hebdo, il expliquait qu’il trouvait l’inspiration dans « la lecture de la presse nationale et celle des grands ancêtres, comme Maurras par exemple ». Après avoir quitté Le Pen pour Mégret, puis Mégret pour de Villiers, Peltier militait encore en 2007 pour mettre fin au cordon sanitaire séparant la droite de l’extrême droite.

Le mercredi 22 mai, le chef de file du courant de la Droite forte a pourtant été recadré par le bureau politique de l’UMP. Le motif ? Il a appelé à faire battre Nathalie Kosciusko-Morizet lors de la primaire pour la municipale à Paris en raison de abstention de cette dernière lors du vote de la loi sur le mariage homosexuel. Une ligne de démarcation existerait-elle encore entre droite sécuritaire et droite modérée ? Marika Mathieu est sceptique. « C’est un jeu entendu entre NKM et Peltier, explique la journaliste. De part et d’autre, le gain est électoral. Nathalie Kosciusko-Morizet apparaît comme une pourfendeuse de la droite dure tandis que Guillaume Peltier se voit renforcé dans sa position de leader d’une droite qui s’assume. N’oublions pas que Patrick Buisson conseille Guillaume Peltier, Jean-François Copé mais également Nathalie Kosciusko-Morizet… »

La Droite forte année zéro de Marika Mathieu (Editions de la Martinière), 320 pages, 19,50 €

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This entry was posted on July 18, 2013 by in "La Droite forte : Année Zéro", Interviews and tagged , , , , , , , , .
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